Le Chêne quessoyais

14 mai 2022

Jean PINAULT

          Le vendredi 20 octobre 1944, Alphonse PECHEUR du village des Forges en lisière de la forêt de Lorge décide d'aller couper de la fougère pour ses bêtes. Faucille à la main, il monte vers le lieu-dit la Butte Rouge non loin de sa petite ferme . L'endroit est déserté depuis que les allemands, fuyant l'été dernier l'avancée des américains, y ont soit disant posé des mines et interdit l'accès. La fougère devrait y être belle et abondante, le jeu en vaut la chandelle. Fin observateur, il fera attention où mettre les pieds. 

 

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Chemin menant à la Butte Rouge

         

          Alphonse ne s'est pas trompé. Un foisonnement de fougères l'attend. Il n'a plus qu'à se mettre au travail.
          Soudain, quelque chose l'intrigue. Il remarque au sol des creux suspects. Etonnamment la terre n'y est pas recouverte d'humus comme ailleurs. Des mines ? Un dépôt de munitions abandonné par les allemands lors de leur débâcle ? Poussé par la curiosité, il s'approche prudemment, s'agenouille, gratte délicatement la terre, sent, et là, comprend.
          Ce vendredi, deux fosses contenant 6 cadavres seront découvertes.

          Une semaine plus tard, d'autres fosses plus importantes sont mises à jour. Des prisonniers allemands sont chargés de la macabre besogne d'exhumer les corps déjà en état de décomposition avancée.

 

prisonniers allemands

 

          En quelques jours on atteint le nombre effroyable de 54 cadavres (plus 1 découvert en 1948) ensevelis à une soixantaine de centimètres, jetés là, sans cercueil ni soin, les uns sur le côté, les autres sur le ventre, le dos. 
          Médecins légistes et enquêteurs appelés sur place ont constaté après examen que les victimes ont toutes été atrocement mutilées par des actes de torture avant d'être pour la plupart fusillées ici même, quelques-unes pendues à une grosse branche que l'on identifie à l'usure de l'écorce. Les décès remonteraient à juin et juillet, la grande hécatombe se situant le 14 juillet.


          

 

          Jean PINAULT est né à Nanterre en 1922. Un an plus tard, la famille s'installe à Jouy en Eure et Loire où le père fonde un atelier de menuiserie. Jean fréquente l'école du village. Sa vive intelligence le fait remarquer de son instituteur qui conseille aux parents d'envoyer leur fils à Chartres poursuivre ses études. 
          Bachelier en 1940, il entre ensuite à l'Ecole Centrale des Arts et Manufactures (école d'ingénieurs) à Paris alors occupé par l'armée allemande. Cependant, en juillet 1943, il reçoit l'ordre de la kommandantur de se rendre en Allemagne pour le service de travail obligatoire. Là bas, comme beaucoup d'hommes sont partis combattre en France, il manque cruellement de main-d'oeuvre. Rien de plus facile que de réquisitionner du personnel à pas cher en terre conquise. Voulant se soustraire à cette obligation, Jean prend une tout autre direction. Il décide de se rendre en Bretagne où un cousin, habitant Saint Brieuc, se charge de lui procurer un hébergement.

 

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          C'est ainsi que Jean PINAULT, muni de faux papiers, arrive à Quessoy. Il est logé chez les CHEREL, à la sortie du bourg en direction de Moncontour. Il s'intègre bien à la famille et se fait rapidement des amis. Il travaille dans la scierie de Monsieur CHEREL et n'hésite jamais à proposer son aide dans les fermes alentours.
          Mais Jean n'est pas venu en Bretagne juste pour éviter le S.T.O. Il veut aussi faire oeuvre utile pour hâter le départ de l'ennemi. A Paris, il faisait déjà parti d'un réseau de résistance.  Il ne tarde donc pas à rejoindre l'organisation armée du secteur de Saint Brieuc (FTP). Au sein de ce groupe, une de ses fonctions sera d'assurer les liaisons entre l'état-major et les maquis. Il fabriquera également de fausses cartes d'identité, aidera les réfractaires et réalisera pour Londres le plan du camp allemand de Bel-Air en Trébry. A Quessoy, il entre en contact avec des patriotes, recrute des hommes qu'il forme et organise un groupe avec lequel il entreprendra de nombreuses missions périlleuses : Le Groupe FFI de l'Armée Secrète de Quessoy.

          

          Dimanche 9 juillet 1944, Jean PINAULT rejoint des résistants au bourg de Hénon. Ils doivent mettre au point les derniers préparatifs de réception d'armes devant être parachutées la nuit même. Pour joindre l'utile à l'agréable, ils mangent ensemble chez Pierre DAVY, un des leurs.
          Soudain, vers midi, un nombre important d'allemands cerne le bourg. Ils fouillent chaque maison, en extraient tous les hommes et les rassemblent sur la place de l'église. A la sortie de la messe, les homme au dessus de quinze ans sont également retenus, les femmes et enfants libres de rentrer chez eux.
          Chez Pierre DAVY, l'équipe est réunit autour de la table quand un groupe de soldats dirigés par un officier se présente à la porte. Malgré une tentative de fuite par les jardins, Jean et ses camarades sont arrêtés et conduits avec les autres sur la place.
          Mis au courant par un dénonciateur, les allemands recherchent des résistants. Bien renseignés, ils connaissent des noms, sont au courant de nombreux faits. Jusqu'à la tombée de la nuit, ils vérifient les papiers, enquêtent et questionnent. Après triage, ils gardent 24 personnes qui, mains ligotées dans le dos avec du fil de fer, sont chargées dans des camions puis emportées. Direction Moncontour puis Uzel dont le nom seul fait frémir.

 

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  Ancienne école d'Uzel réquisitionnée par la Gestapo, aujourd'hui mairie

 

          L' école communale d'Uzel a été réquisitionnée et transformée en prison et salles d'interrogatoires. Une équipe composée de miliciens bretons et d'allemands maltraitent et torturent pour extorquer des informations sur le maquis.

          Le 14 juillet 1944, en fin d'après-midi, le secrétaire de mairie et le receveur de poste remarquent de l'agitation dans la cour de l'école. Mains attachées, des prisonniers sont poussés brutalement dans des camions par des SS. Puis le convoi prend la direction de L'Hermitage-Lorge. Nul ne sait vers quel destin funeste. 

 

 

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 Plaque commémorative sur un mur du bâtiment 

 

          Samedi 28 octobre 1944, Forêt de Lorge.

          La nouvelle de la sinistre découverte se propage rapidement. Les familles et amis de résistants arrêtés par les allemands affluent vers la Butte Rouge. Sans nouvelles de leurs proches, tous craignent de retrouver un des leurs parmi les cadavres assemblés. Des scènes déchirantes se succèdent. Ici un homme gémissant reconnaît ses deux fils. Plus loin, on soutient une mère éplorée devant le corps de son enfant.
          Charles ETESSE arrive de Saint Brieuc. son jeune cousin Jean PINAULT a disparu depuis qu'il a été arrêté avec d'autres résistants à Hénon le 9 juillet. Passant en revue les corps en partie putréfiés, il finit  par l'identifier notamment grâce à une bague d'argent ornée d'un motif breton qu'il gardait toujours au doigt. L'autopsie a révélé une mort par pendaison.
          

          

 

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Stèle érigée à l'endroit où a été découvert le corps 

 

 

          Après les obsèques nationales qui se déroulèrent à L'Hermitage-Lorge le 3 novembre 1944, Jean PINAULT fut inhumé le 5 décembre 1944 dans le cimetière de Jouy, sa ville d'origine.

          Le 11 juillet 1945, la "Médaille de la Résistance" a été remise à titre posthume à son père par le général De Gaulle.

          A Quessoy, une stèle sera posée en son honneur le 21 octobre 2022 dans la rue qu'il a habitée et qui porte aujourd'hui son nom.

 

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Rue Jean Pinault 

          

          

          

   

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28 octobre 2018

Bouquet de gui

 

gui

 

 

          Parasite de nos arbres, le gui reste toujours vert. C'est pourtant bien une plante à feuillage caduc, il perd donc ses feuilles chaque année mais celles-ci tombent alors que les nouvelles ont déjà pris leur place. Compte tenu de cette particularité, les celtes l'ont choisi comme symbole d'immortalité.
Une fois par an, la 1ère nuit de l'année celtique appelée "Nuit Mère" (6ème nuit du solstice d'hiver), les druides coupent avec une serpe d'or le gui sacré, celui d'un chêne.

 

druide

 

 

En accomplissant leur récolte, les druides prononçaient les mots celtes : o ghel an heu, ce qui signifie : que le blé germe. Au moyen-âge, l'expression s'est transformée en au gui l'an neuf au travers des enfants proposant du gui de porte en porte contre une aumône.
La tradition de s'embrasser sous un bouquet de gui à la période des fêtes de fin d'année perdure encore.

 

CPA COLOR

 

 

          On lui attribue des vertus médicales, des pouvoirs magiques. Il chasse les mauvais esprits et purifie les âmes. Certains agriculteurs en fixent encore sur les poutres de leur étable pour assurer la bonne santé des troupeaux.

 

étable

 

 

          Si je vous parle du gui sur le Chêne Quessoyais c'est que dans notre commune comme ailleurs, il possédait une autre fonction bien particulière. En observant de près de vieilles photos, vous aurez peut-être déjà remarqué des bouquets de gui accrochés sur la façade de certaines maisons.

 

rue de la porte de fer 

4 rue de la Porte de Fer

 

 

rue des ruisseaux 

11 rue des ruisseaux


Au début du siècle dernier, Il était d'usage de fixer une branche de gui sur le mur d'un café à chaque changement de tonneau de cidre. Le client était donc prévenu de la fraîcheur du breuvage en fonction de la fraîcheur du bouquet. De plus, si le cidre était nouveau, on y rajoutait une pomme. 

 

à boire et à manger

 

           Des enseignes plus bucoliques dans notre paysage que toute cette multitude de néons clignotants et lumineux qui nous agressent l'oeil aujourd'hui. 

 

rue

                                             

                                                                           Mais ceci est une autre histoire...

 

 

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10 juin 2018

Quess-don

Ce samedi, a eu lieu le maintenant traditionnel vide-Quess'don annuel.

 

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Mais qu'est ce donc que Quess'don ?

Il y a 7 ans, Tante Soize souhaitait mettre en place un groupe d'échange à l'échelon communal. Le but était de donner une seconde vie aux objets devenus inutiles via un blog ou site internet. Canalblog fut choisi pour faire office de vitrine. C'est ainsi que naquit Quess'don.

Le principe ?

Les personnes apportent ce dont ils veulent se séparer et Tante Soize se charge de les mettre en ligne sur le blog. Sur ce blog, chacun peut ensuite réserver ce qu'il désire. Bien souvent, la personne qui pose repart avec autre chose, l'équilibre est ainsi trouvé et le blog se retrouve toujours bien fourni.

Qui peut participer ?

Quess'don est totalement gratuit et s'adresse à tout le monde. Seules la politesse et la bonne humeur sont obligatoires.
En ce moment, on compte une trentaine de quess'donneurs, âgés de 13 à 85 ans. Tante Soize pensait que le groupe resterait local mais curieusement il s'est plutôt étalé aux communes avoisinantes (Plessala, Quintin, Saint Carreuc, Hénon, ...) et même plus loin (Lannion, Nevers, le Morbihan et la région parisienne). La quess'donneuse la plus éloignée habite Gaillac (Tarn) et profite de ses vacances en Bretagne pour quess'donner.

 

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Le vide-Quess'don, c'est un peu Noël

 

Qu'est ce qu'on pose, qu'est ce qu'on trouve ?

Une casserole, un lampadaire, un livre, une culotte Petit-Bateau, une canne à pêche, une boite de lego, une parure de draps, un autre livre, un filet à papillon, un hochet, une robe de mariée, un service à café, une chaise en paille,... C'est l'inventaire à la Prévert que l'on peut trouver sur Quess'don. 

 

parfum

ours

pile

 

          Alors, si vous ne rentrez plus dans votre pantalon préféré, si vous ne pouvez plus voir le bougeoir kitch que vous a offert votre belle-mère à Noël dernier, pensez à Quess'don. Et comme dit ma sainte mère : "Un bien donné deux fois, le Bon Dieu s'en réjouit".

 

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Cliquez sur le lien ci-dessus

 

        Une fois dans l'année, le vide-Quess'don permet aux quess'donneurs de se rencontrer mais sert également à faire de la place pour de nouveaux articles. C'est un peu les soldes. Ce qui reste après cette sorte de vide grenier où tout est gratuit est redistribué dans des associations telles que Emmaüs ou La Ressourcerie.

 

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 Petit moment de convivialité 


        Depuis la création du groupe, les échanges se font à la crêperie de Quessoy. Quess'don évolue et vu l'ampleur des arrivages, Tante Soize commence à manquer d'espace, un nouveau site de stockage serait le bienvenu. Si vous connaissez un garage inoccupé...

 

 

 

 

 

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01 avril 2018

La Faille d'Yffiniac

          A la manière d'un puzzle, la croûte terrestre est constituée de plaques tectoniques. En continuel mouvement, elles forment le relief de notre planète.
          En Bretagne, Il y a quelques millions d'années, deux plaques tendent à se séparer. Elles donneront naissance à la Faille dite d'Yffiniac, particularité géologique peu connue car invisible à la surface du sol.

 

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          La Faille d'Yffiniac prend son départ en fond de baie de Saint Brieuc et serpente entre 50 et 80 mètres sous nos pieds jusqu'aux portes de Moncontour soit exactement sur une longueur de 18.7 kilomètres. D'une taille peu importante, elle ne participe pas au relief et reste discrète tout au long de son parcourt. Sa largeur maximale (sur la commune d'Yffiniac) est de 45 cm mais en moyenne, elle ne dépasse pas les 18 cm. Sa hauteur varie entre 60 et 80 cm.

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Départ de la Faille d'Yffiniac visible dans la baie

          En passant devant l'étang de Carnonen, peut-être vous êtes vous déjà demandé pourquoi ce plan d'eau ne déborde jamais sur la route. Même en période de grande pluie, quand nos prés ressemblent à des rizières, son niveau reste toujours stable.

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          En fait, la Faille d'Yffiniac passe juste sous l'étang formé sur une ancienne carrière d'argile. Grâce au principe bien connu des vases communicants, le surplus d'eau peut rejoindre directement la baie. Ce canal naturel souterrain a trouvé sur sa route une fonction de trop-plein bien utile. La nature est bien faite, me direz vous. Pas toujours...

 

captage

          Quatre kilomètres plus loin, la faille passe cette fois sous la station de captage d'eau potable de Carnivet. Lors des fortes marées d'équinoxe, l'eau de mer réussit à remonter de la baie jusque la source, entraînant avec elle une quantité non négligeable de sédiments (sable et vase). Lors de conditions extrêmes, il arrive que la filtration ne suffit plus à rendre sa limpidité à l'eau qui se retrouve trouble et légèrement salée à la sortie de nos robinets.

prélevement

 

          Dans quelques millénaires, à force d'érosion, petit à petit, la Faille d'Yffiniac élargie et en partie éboulée, se montrera au grand jour et deviendra rivière. Mais ceci est une autre histoire...

 

 

 

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24 mai 2017

Les deux mousquetaires, suite et fin.

         

Fabrication

Epi en cours de fabrication

 

           C'est avec beaucoup de satisfaction que nous avons reçu, il y a plusieurs semaines déjà, nos nouveaux épis de faîtage. 

L'atelier CRESPEL fut un bon choix. Ils ont réalisé un travail remarquable.

 

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Servane CRESPEL

 

          Comme nous le souhaitions, les copies sont exactement identiques aux originaux. Les dimensions au millimètre près, les moindres détails reproduits, la couleur, tout y est.

 

tete

 

anses et chataignes

 

chataignes et cordeau

 

 

          François, notre couvreur préféré, n'avait plu qu'à les remettre minutieusement en place. C'est fait.

          Après avoir consolidé les poinçons de charpente quelque peu vermoulus, les deux épis sont replacés et collés au mortier.

François 1

François 2

François 3

François 4

 

          Les potiers de Lamballe avaient le souci du détail. Tant et si bien que parfois, seuls les pigeons et autres volatiles peuvent en profiter. Quinze mètres plus bas, certains éléments nous sont invisibles, tels ces trois rubans cerclant les chapeaux.

 

rubans

 

          Nos deux vaillants mousquetaires peuvent de nouveau surveiller l'entrée du bourg. Seront-ils assidus à leur tâche pendant 400 ans comme leurs prédécesseurs ? D'après l'atelier CRESPEL : oui. D' ailleurs ils nous ont été livrés avec une garantie quatricentennal. On en reparlera en 2417...

 

 

 

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01 avril 2017

L'arbre à bidons

           Si vous vous rendez à Lamballe par la D28, vous traverserez le petit bourg de Trégenestre (voir Toponymie Trégenestre). A la sortie du virage contournant l'ancien presbytère, magnifique demeure datant du XVIIIème siècle, l'église se découvre enfin.

 

église

 

          Très typique, elle a conservée son vieux porche du XVIème entouré de quelques tombes.

 

porche

 

        A l'angle du mur d'enceinte du petit cimetière, un if millénaire nous offre sa vaste ramure.


        Chez les Celtes, l'if est un arbre sacré. Sa verdure permanente et sa longévité en ont fait un symbole d'immortalité. Voila pourquoi nous le rencontrons si souvent dans nos vieux cimetières. Il est le gardien des défunts et relie le monde des morts à celui des vivants.

       Sans doute avez vous déjà été interpellé par la particularité de cet arbre majestueux : que font donc ces bidons accrochés sur le tronc du vénérable.

 

tronc

 

 

             Une tradition ancestrale atteste qu'il fut planté il y a plus de mille ans par un saint traversant la Bretagne pour rejoindre l'abbaye de Landevenec où l'attendait Saint Guénolé. Arrivant à Trégenestre, il entendit les habitants se plaindre de la sécheresse qui sévissait alors. Il mit en terre une graine d'if qu'il avait en poche. Puis, après une courte prière, la pluie se mit à tomber tant et si bien que l'arbre poussa et crût instantanément. Devant ce miracle, et pour remercier le saint sauveur, les gens se prosternèrent au pied de l'if et prièrent à leur tour. Depuis lors, l'habitude fut prise d'invoquer l'arbre pour bénéficier d'eau pour les cultures.

 

bidon

 

              Encore aujourd'hui et selon la tradition, le rituel d'accrocher des bouteilles ou bidons sur le tronc s'y pratique toujours. Cela pour demander au ciel de nous être favorable et de nous pourvoir en pluie bienfaitrice, profiter ainsi de bonnes récoltes et d'une nature verte et luxuriante.

 

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 L'arbre à bidons et l'église de Trégenestre vers 1900

 

               Voici peut être aussi pourquoi, par l'excès de zèle de certains paroissiens, la rivière de Trégenestre déborde si souvent sur la route. Mais ceci est une autre histoire... 

 

 

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29 novembre 2016

Les deux mousquetaires.

         

rosée

         

          Mais que vois-je là, dans l'herbe tendre et encore mouillée de rosée matinale ?
          Un vieil os abandonné par le chien ?
          Un agaric champêtre qui finira dans la poêle ou une dangereuse amanite phalloïde ?
          Mais non ! Merde, une tête !

          Je devine. Je sais déjà. Je n'ose lever les yeux.

 

épi cassé


           

          Un de nos mousquetaires est décapité. J'en suis dépité.
          Bon, 400 ans de loyaux services, il y a de quoi en perdre la tête.
          Je ne vais pas lui en vouloir pour cette ultime révérence.

 

          Faut que je vous explique :

          Nous avons la chance d'avoir deux magnifiques épis de faîtage ornant la toiture de notre maison (voir "Le Chastelet").

 

faîtage

 
           A l'origine, élément fonctionnel assurant l'étanchéité d'une partie de charpente dépassant du toit,

 

charpente

Poinçon de charpente

 

                                                                                                                                                 les épis ont été imaginés par des artisans potiers et sont devenus des éléments décoratifs. Les plus anciens épis de faîtage conservés en Bretagne datent du début du XVIIème mais on peut en trouver sur la tapisserie de Bayeux (XIème siècle) ou sur des enluminures du moyen-âge. Ils étaient la marque distinctive des constructions nobles. Ils ornaient les tourelles de châteaux, des maisons importantes en ville. En posséder pouvait être un droit ou un privilège pour le maître de maison. On peut ainsi les rapprocher un peu des blasons seigneuriaux. Puis cet art fut emprunté par les propriétaires aisés, les notables des bourgs et les artisans pour servir d'enseignes. Par la suite, les potiers ont étendu cet usage à l'habitat traditionnel.

           

 

          "Allo, François, AU SECOURS !".
          François, c'est l'homme de la situation élevée qui pourra nous aider.
          Sitôt appelé, sitôt arrivé. L'échelle est placée, le voilà grimpé, prêt à travailler. Tel un dentiste retirant une mauvaise dent de la gencive, méticuleusement, délicatement, par de légers mouvements de va et vient, il réussit enfin à extraire l'épi fêlé de la faîtière. Avec précaution, François redescend le mousquetaire étêté jusque la terre ferme et remonte aussitôt s'occuper de son compère qui, je crois, se doutant de son sort, commence à le regarder de travers.
          Opération 100% réussie.

          Demain, nos compagnons célestes et moi prendrons la route pour Hénanbihen.

 

           Faut que je vous explique :

           Nos épis de faîtage sont des épis dits : mousquetaire. Ils font partie de la production très importante de la "poterie de Lamballe" dont la diffusion couvrait l'ensemble du Penthièvre mais également le Mené, le pays de Saint Malo, voire les départements voisins d'Ille-et-Vilaine et du Morbihan. Nos épis ont été façonnés au début du XVIIème siècle (vers 1620). Ils représentent un buste d'homme, les mains sur les hanches, le visage portant barbichette et la tête coiffée d'un chapeau de mousquetaire. La forme de ce chapeau atteste la période de fabrication.

 

Mousquetaire

Tête

 


          Le long du pot de un mètre de hauteur, des châtaignes ou sifflets. Sortes de toupies creuses percées d'un trou. Ces orifices faisaient office de sifflet dont le timbre variait selon l'orientation du vent. Bien pratique pour prévoir l'arrivée du mauvais temps.

 

siffleurs

 

          Egalement le long du pot, on trouve des anses qui permettaient d'attacher les dernières gerbes de chaume lorsque la maison était encore recouverte de paille.

 

anses

 

 

          Malheureusement, nos épis ont souffert des outrages du temps et ne sont plus restaurables. Pour en faire des reproductions à l'identique, nous nous sommes naturellement tourné vers un atelier de poterie de la région lamballaise. L'atelier CRESPEL à Hénanbihen, reconnu pour ses copies d'anciens, nous convenait tout à fait.

            

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                                                                                                                                                                 Affaire à suivre...

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27 juillet 2016

Montgolfières à Quessoy

ballon

         

 

          Ce mardi, dès potron-minet, en ouvrant ma fenêtre pour tenter de profiter de la fraîcheur matinale, j'ai pu admirer dans le ciel azur, un aérostat survolant l'horizon. Joli spectacle dont se serait réjouit mon voisin, personnage original que beaucoup de mes lecteurs ont connu, le colonel Yves DE SAINT MELOIR. Et pour cause : sa grand mère était une DE MONTGOLFIER.

 

gravure

 

          En 1783, pour remercier ses deux fils, Joseph et Etienne de l'invention de la Montgolfière, Pierre MONTGOLFIER (1700-1793) reçu du roi Louis XVI ses titres de noblesse : "Nous anoblissons ledit seigneur, et du titre de noble et d'écuyer l'avons décoré et décorons ensemble ses enfants, postérité et descendants mâles et femelles, nés et à naître en légitime mariage."

 

frères

Joseph et Etienne MONTGOLFIER


           
Pierre avait également d'autres enfants dont Jean-Pierre (1732-1795) et Augustin (1741-1788). Un fils de Jean-Pierre, Jean-Baptiste (1767-1831), prendra pour épouse sa cousine germaine Méranie (1780-1851), la fille d'Augustin. Ils auront pour fils Alexandre (1803-1866). Cet Alexandre aura à son tour une fille, Marie Henriette (1833-1922), la grand-mère de notre colonel.

             

                  Constatez donc que ce n'est pas d'hier que notre commune possède un lien avec l'aérostation.

                                A voir : Association Air NATURE BALLON 

                                                                à Quessoy 

 

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            A noter que Pierre DE MONTGOLFIER était papetier. Lui et ses enfants connaissent des ennuis financiers entraînés par des dépenses engagées dans les fameux ballons. En 1796, pour la survie de l'entreprise familiale, ils sont obligés de s'associer avec une autre famille, les CANSON DE LA LOMBARDIERE. Très rapidement, les CANSON prennent les rênes et finissent par absorber les parts des DE MONTGOLFIER. 
            Aujourd'hui, on trouve toujours ce fameux papier Canson dans le cartable de nos enfants. Puissent-ils y peindre de jolis ballons multicolores traversant le ciel quessoyais. Mais ceci est une autre histoire...

dessin

 

           

           

 

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15 mai 2016

La famille Rio des Grands Moulins

          Souvenez-vous (dans vos prières) de Jean-Louis RAULT, mon vieux tonton missionnaire (voir Jean-louis RAULT, VRP de Dieu).

          Sa grand-mère, Anne-Noël RIO, est née aux Grand Moulins en Hénon en pleine période révolutionnaire. La famille RIO, profondément chrétienne, est dévouée aux prêtres et connue pour leur donner aide et protection en ces temps mouvementés.

 

 

FERME

 

 

          Pour mettre ses hôtes en sûreté, le père d'Anne-Noël avait recours à un stratagème tout à fait ingénieux :

          Une grange jouxtait la maison. Surmontée d'un grenier où s'entassait paille et foin, elle servait aussi de buanderie. Pour ceci, elle était munie d'une vaste cheminée utilisée à chauffer l'eau pour la lessive. Le père Rio eu l'idée de boucher le conduit au dessus du foyer au moyen de planches et traverses. Ensuite, il dressa devant l'âtre de grandes tonnes à cidre inutilisées puis accumula contre celles-ci, toutes sortes d'outils. Fourches, faux, râteaux, bêches s'entassaient dans un joli désordre. Ainsi la cheminée devint inaccessible, presque invisible aux yeux de qui pénétrait.

          Monté au grenier, le père Rio perça une ouverture suffisamment large dans le conduit. Il accéda ainsi au dessus du foyer, sur le nouveau plancher. Ne lui restait plus qu'à aménager ce petit réduit assez spacieux toutefois pour recevoir une couchette. La lumière pénétrant par le haut du conduit serait même suffisante pour qu'un invité puisse y lire son bréviaire. Pour dissimuler l'entrée de cette subtile cachette, la paille ne manquerait pas.

Schéma

 

          Un soir où la famille était rassemblée pour la veillée, on entendit les aboiements du chien. On avait remarqué que ce chien annonçait l'approche des gardes nationaux d'une façon toute particulière. Se doutant que les Rio accueillait des prêtres réfractaires, ils perquisitionnaient fréquemment la maison. 

          Rapidement, un prêtre, invité du moment, sort de la maison et monte au grenier de la grange regagner la cachette. Il est suivi du domestique de la maison nommé Hinault qui s'empresse de remettre des gerbes de blé devant l'entrée secrète, d'effacer toutes traces et de revenir au plus vite. Malgré sa promptitude, il se retrouve à la porte de la grange, nez à nez avec les soldats. Le domestique est si impressionné que le chef, le dévisageant, sent de suite l'entourloupe. 
-"Mais citoyen, qu'as-tu donc ?" Hurle t-il. "Misérable, tu viens de cacher un calotin. Viens nous le montrer."
Hinault ne bouge pas d'un pouce et ne pipe mot.

          Ordre est alors donné de fouiller la grange. La troupe monte au grenier, sonde le foin à l'aide d'épées afin de transpercer qui s'y cacherait. Sans résultat.

 

grenier

 

          Furieux de ne rien trouver, le chef revient vers le domestique. Il le secoue violemment, lui somme de leur donner le prêtre. Le brave Hinault garde le silence. Même les menaces de le conduire à Lamballe, ce qui sous entend  prison puis échafaud, ne l'ébranlent, ne le décident à parler. Hors de lui, devenu fou furieux, le chef le perce alors de son arme, le saigne comme on saigne un cochon, jusqu'à ce qu'il meure.

 

hinault  

 

          Ainsi mourut ce garçon, martyr de son silence et de sa fidélité. Les personnes pieuses diront que le Bon Dieu bénit la famille Rio en lui permettant de donner à l'Eglise un grand nombre de prêtres et de religieuses.
         

          Mon ancêtre Anne-Noël Rio ne fut pas en reste car elle comptera plusieurs abbés dans sa descendance. Entre autres, l'abbé Jean-Louis Rault mais aussi l'abbé François Le Hérissé, recteur de Quessoy, que certains d'entre vous ont bien connu. Le mari d' Anne-Noël s'appelait également François Le Hérissé, surnommé "le baron de La Mare". De surcroît, il était un neveu de l'abbé Toussaint Le Hérissé que mes fidèles lecteurs ont déjà rencontré dans "Un avant goût de chouannerie". Mais ceci est une autre histoire...

 

Abbé Le Hérissé

  L'abbé Le Hérissé, dans les années 50

Nous saluant bien bas

 

         

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01 avril 2016

La truite porcine

          Lors d'articles précédents, nous avons eu l'occasion d'évoquer certaines plantes emblématiques de notre commune comme la poire "bési", le blé noir ou bien encore le chêne qui nous est si cher. Le monde animal ne sera pas en reste car il existe une espèce quasi indigène à Quessoy : la truite porcine.

-fario 

Truite fario

-arc-ciel

Truite arc-en-ciel

 

          Le pêcheur connaît bien la truite arc-en-ciel ou la truite fario, mais il en existe beaucoup d'autres variétés. La variété dite truite porcine est endémique à nos rivières quessoyaises. C'est à Quessoy que nous en trouvons la plus forte concentration. Ou plutôt que nous trouvions car aujourd'hui, elle est en voie de disparition et se fait de plus en plus rare.

 

truite porcine

 Spécimen relâché après capture

 

          Il fut un temps pas si lointain, à la fin du XIXème, où la pêche de la truite porcine encore appelée localement la truie-truite, était beaucoup pratiquée. Sa chair tendre et délicate au goût très fin étant très appréciée des gourmets, elle était pêchée en nombre et vendue sur les marchés environnants. 

          Cette pêche intensive a menacé fortement la population de cette espèce. La pollution de nos cours d'eau n'a rien arrangé, ni la déforestation car contrairement aux autres truites qui se nourrissent d'insectes et d'invertébrés, la truite porcine ne mange principalement que des glands. Cette habitude alimentaire explique sa présence particulière sur notre contrée riche en chêne comme chacun sait. 

glands

 

          Si vous êtes calme et patient, la bête étant farouche, vous aurez certainement le plaisir de la voir frétiller dans la rivière de l'arboretum où subsistent encore quelques beaux spécimens. Vous pouvez l'appâter en jetant quelques glands à la surface de l'eau mais attention, la pêche en est strictement interdite.

 

riviere

 Un lieu propice à la truite porcine

 

           Grâce à nos efforts, un jour viendra où notre truie-truite repeuplera nos rivières. Soyons donc vigilants, et dans quelques décennies, si tout va bien, nous pourrons peut-être avoir le plaisir de la retrouver dans nos assiettes. Mais ceci est une autre histoire...

 

 

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