Souvenez-vous (dans vos prières) de Jean-Louis RAULT, mon vieux tonton missionnaire (voir Jean-louis RAULT, VRP de Dieu).

          Sa grand-mère, Anne-Noël RIO, est née aux Grand Moulins en Hénon en pleine période révolutionnaire. La famille RIO, profondément chrétienne, est dévouée aux prêtres et connue pour leur donner aide et protection en ces temps mouvementés.

 

 

FERME

 

 

          Pour mettre ses hôtes en sûreté, le père d'Anne-Noël avait recours à un stratagème tout à fait ingénieux :

          Une grange jouxtait la maison. Surmontée d'un grenier où s'entassait paille et foin, elle servait aussi de buanderie. Pour ceci, elle était munie d'une vaste cheminée utilisée à chauffer l'eau pour la lessive. Le père Rio eu l'idée de boucher le conduit au dessus du foyer au moyen de planches et traverses. Ensuite, il dressa devant l'âtre de grandes tonnes à cidre inutilisées puis accumula contre celles-ci, toutes sortes d'outils. Fourches, faux, râteaux, bêches s'entassaient dans un joli désordre. Ainsi la cheminée devint inaccessible, presque invisible aux yeux de qui pénétrait.

          Monté au grenier, le père Rio perça une ouverture suffisamment large dans le conduit. Il accéda ainsi au dessus du foyer, sur le nouveau plancher. Ne lui restait plus qu'à aménager ce petit réduit assez spacieux toutefois pour recevoir une couchette. La lumière pénétrant par le haut du conduit serait même suffisante pour qu'un invité puisse y lire son bréviaire. Pour dissimuler l'entrée de cette subtile cachette, la paille ne manquerait pas.

Schéma

 

          Un soir où la famille était rassemblée pour la veillée, on entendit les aboiements du chien. On avait remarqué que ce chien annonçait l'approche des gardes nationaux d'une façon toute particulière. Se doutant que les Rio accueillait des prêtres réfractaires, ils perquisitionnaient fréquemment la maison. 

          Rapidement, un prêtre, invité du moment, sort de la maison et monte au grenier de la grange regagner la cachette. Il est suivi du domestique de la maison nommé Hinault qui s'empresse de remettre des gerbes de blé devant l'entrée secrète, d'effacer toutes traces et de revenir au plus vite. Malgré sa promptitude, il se retrouve à la porte de la grange, nez à nez avec les soldats. Le domestique est si impressionné que le chef, le dévisageant, sent de suite l'entourloupe. 
-"Mais citoyen, qu'as-tu donc ?" Hurle t-il. "Misérable, tu viens de cacher un calotin. Viens nous le montrer."
Hinault ne bouge pas d'un pouce et ne pipe mot.

          Ordre est alors donné de fouiller la grange. La troupe monte au grenier, sonde le foin à l'aide d'épées afin de transpercer qui s'y cacherait. Sans résultat.

 

grenier

 

          Furieux de ne rien trouver, le chef revient vers le domestique. Il le secoue violemment, lui somme de leur donner le prêtre. Le brave Hinault garde le silence. Même les menaces de le conduire à Lamballe, ce qui sous entend  prison puis échafaud, ne l'ébranlent, ne le décident à parler. Hors de lui, devenu fou furieux, le chef le perce alors de son arme, le saigne comme on saigne un cochon, jusqu'à ce qu'il meure.

 

hinault  

 

          Ainsi mourut ce garçon, martyr de son silence et de sa fidélité. Les personnes pieuses diront que le Bon Dieu bénit la famille Rio en lui permettant de donner à l'Eglise un grand nombre de prêtres et de religieuses.
         

          Mon ancêtre Anne-Noël Rio ne fut pas en reste car elle comptera plusieurs abbés dans sa descendance. Entre autres, l'abbé Jean-Louis Rault mais aussi l'abbé François Le Hérissé, recteur de Quessoy, que certains d'entre vous ont bien connu. Le mari d' Anne-Noël s'appelait également François Le Hérissé, surnommé "le baron de La Mare". De surcroît, il était un neveu de l'abbé Toussaint Le Hérissé que mes fidèles lecteurs ont déjà rencontré dans "Un avant goût de chouannerie". Mais ceci est une autre histoire...

 

Abbé Le Hérissé

  L'abbé Le Hérissé, dans les années 50

Nous saluant bien bas