Jacques BOSCHER a trente ans en ces périodes mouvementées de Révolution. Ordonné prêtre depuis peu, il officie à Quessoy et est très apprécié de ses paroissiens. Une vocation familiale puisque ses deux frères sont également religieux. Fougueux par sa jeunesse et convaincu dans ses idées, il refuse de prêter serment à la Constitution Civile du Clergé comme il se doit et c'est donc en secret qu'il exerce son sacerdoce. Activement recherché comme réfractaire, il trouve caches et abris dans les fermes alentours. Au contraire, son frère aîné, Etienne, curé de Moncontour, a accepté les nouvelles règles. En l'apprenant, Jacques est furieux. Les rapports qu'il entretient avec lui, son "grand diot de frère" comme il le nomme désormais, s'en ressentent.

 

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          Le 19 mars 1795, à Moncontour, arrive un tout jeune général républicain de 27 ans du nom de Lazare HOCHE. Il est appelé à la tête des armées pour rétablir la discipline et tenter de pacifier la région.

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Portrait de Lazare HOCHE

           Le jour de son arrivée, à l'hôtel Latimier Du Clésieux où il va loger, une rencontre est organisée avec le chef chouan Amateur De Boishardy en personne. Malgré leur différence de camp, les deux hommes s'estiment. La réunion entre les deux personnages aboutira même à des négociations de paix. Malheureusement et malgré leur sincérité réciproque, celle-ci reste très précaire et ne durera que quelques semaines.

 

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Hôtel Latimier Du Clésieux 

Quartier général des républicains à Moncontour.

  

         

          Alors qu'il est caché dans une maison au Cotard, proche du château de La Roche Rousse, L'Abbé Boscher voit soudainement arriver dans la cour le Général Hoche avec sa troupe de soldats. Aussitôt, il monte au grenier et saute par une gerbière donnant sur l'arrière de la bâtisse. Soulevant sa soutane, il prend la fuite en courant à travers champ en direction du château où il espère trouver refuge.

 

fuite

 

                                   Les soldats l'apercevant font feu. Ils tirent sur le fuyard sans l'atteindre et se mettent aussitôt à sa poursuite.

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         Arrivé près d'une carrière, épuisé, hors d'haleine, se voyant pris, notre Jacques se jette au fond d'un trou et s'allonge le long de la paroi espérant ainsi passer inaperçu. Mais il n'a pas été assez rapide. Hoche l'a vu se cacher et vient se placer juste au dessus de lui. Le prêtre tétanisé attend maintenant le coup de grâce. Incroyablement, Hoche empêche alors ses hommes de s'arrêter, les incite même à courir plus vite, leur ordonnant : "Allons, marchez donc plus vite que cela, ou bien nous ne l'attraperons pas ! Vite donc ! Il est allé vers la chapelle de Crézouard. Nous allons l'y prendre." Hoche ne quitta sa place que lorsque le dernier soldat fut passé, laissant là Boscher,sauf, tapi dans son terrier.

Soldats-Revolution-francaise

 

          J'aime imaginer que, rejoignant enfin ses hommes, le flamboyant général, tel un bon prince, salua d'un grand et élégant coup de chapeau le prêtre transi au fond de son trou. Grâce à Hoche, "ennemi des chouans", l'abbé Boscher échappa de peu à une mort certaine.

 

 

          Lorsque la paix fut rendue à l'Eglise, Jacques Boscher continua d'exercer son ministère à Quessoy. Il y mourut en 1836 à l'âge de 71 ans. Il était si aimé et vénéré de ses paroissiens que longtemps après sa mort, nombreux étaient ceux à avoir dans leur livre de messe, comme précieuse relique, un morceau d'étoffe ayant appartenu au saint prêtre.

          Hoche quitta définitivement la Bretagne en février 1797. Sept mois plus tard, il tomba subitement malade et mourut. La tuberculose l'emportait à 29 ans. Pendant sa courte mais prometteuse carrière, le jeune général fut fin politique, ferme tout en restant d'une grande tolérance.

         Aussi, lors de la mort de Boishardy, le 17 juin 1795, indigné par la conduite des soldats qui promenèrent la tête du chef chouan sur une pique par les rues de Moncontour, il n'hésita pas à condamner l'acte odieux ayant souillé le cadavre de son estimable ennemi.

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                            Mais ceci est une autre histoire...