Mon voisin s'en va
Mon voisin s'en va. Je suis triste ce soir.
Mon voisin s'en va. Comme un petit vieux quitte l'endroit de toute une vie pour l'inconnu d'une maison de retraite.
Et partir, c'est mourir un peu.
Bien sûr ce n'est pas loin. " J'irai te voir, c'est promis. " Mais, petit à petit, les visites s'espaceront, un beau jour s'interrompront. La négligence, le manque de temps, les mois qui défilent.
Je suis triste ce soir.
Mes premiers jours, ma première sortie, le premier visage à se pencher sur mon landau, un visage sympathique, un air bonhomme, c'est lui.
Souvenirs d'hivers glacials, c'est encore lui, cette silhouette enneigée, à travers les carreaux givrés.
Enfant, combien ai-je passé d'après-midi à jouer dans ses pattes. Courses de voitures, guerres de petits soldats, jeux de billes, jeux de ballon.
Puis, plus tard, toujours à ses pieds, les premiers rendez-vous. Les premières cigarettes, à l'abri du regard des parents.
Toujours lui la première personne que je salue le matin. Toujours présent, toujours fidèle.
Je suis triste ce soir.
Triste comme l'oraison funèbre.
" Je t'ai regardé partir, mon cher voisin. Sans tambours ni trompettes. Seul le Chant du Départ résonnait dans ma tête. Je ne trouve plus ton sourire derrière tes moustaches. Serais-tu triste ce soir ? "







