ITE MISSA EST
Mardi 24 avril 2012, 10 h 54.
"Pardonnez-leur car ils ne savent pas ce qu'ils font." (évangile de Jésus-Christ selon Saint Luc, chapitre 23~verset 34.)
Précision sur un déménagement
Dernièrement, plusieurs personnes m'ont dit avoir entendu que notre calvaire en serait à son deuxième déménagement. Qu'en est-il exactement ?
Napoléon a joué un rôle fondamental dans l'histoire de la cartographie française. C'est lui qui a donné l'impulsion initiale et nécessaire à deux grandes entreprises d'envergure nationale : la confection de la carte d'Etat-Major et celle du cadastre. La carte d'Etat-Major, dans un but essentiellement militaire, permettrait de connaître le territoire national dans ses trois dimensions avec routes et chemins que peuvent utiliser les soldats en mouvement. Et le cadastre, pour connaître précisément les propriétés en vue d'une meilleure répartition de l'impôt (déjà à l'époque, l'Etat se tracassait de notre argent).
A partir de 1807, un travail monumental va être remarquablement exécuté par toute une armée de géomètres, d'arpenteurs, de contrôleurs, d'indicateurs choisis parmi les habitants. Toute cette armée sera administrée par les préfets avec à leur tête le ministre des Finances lui même.
Les géomètres apporteront un soin très particulier à la réalisation des plans, mais leur travail sera entaché d'une lacune fondamentale. N'étant pas tenu à jour, le plan perd rapidement de sa valeur.
Pour nous qui aimons l'histoire, ce défaut devient une qualité : les anciens plans cadastraux sont de vrais mines de renseignements sur le passé de notre environnement.
Sur le cadastre napoléonien du bourg de Quessoy datant de 1808, on peut voir effectivement une croix (face à l'actuelle boucherie Corduan). Mais cette croix est une croix dite pattée, surtout utilisée pour localiser un site religieux.
Pour représenter un calvaire ou une croix, on utilisera plutôt une croix latine ou une croix relevée.
Sur le cadastre de 1846, c'est une croix relevée qui indique l'emplacement de l'ancien calvaire (puisque celui que nous connaissons ne sera érigé à sa place qu'en 1864). Il se situe bien au même endroit qu'aujourd'hui.
Avant cet ancien calvaire datant de 1818, existait, déjà et toujours au même endroit, une croix représentée sur un plan du bourg de 1807.
Malgré ce que l'on raconte, peut être pour se voiler la face, pour déculpabiliser, minimiser l'évènement à venir ou tout simplement à cause d'une simple erreur de lecture, notre calvaire connaîtra donc bien dans quelques mois son premier déménagement.
"Ben oui, mais il y a quand même une croix relevée devant la boucherie Corduan sur le cadastre de 1848 ! " me direz vous.
Exact. Il y avait une autre croix. Nous pouvons la voir aujourd'hui à droite en entrant dans le cimetière. Elle a été déplacée en même temps que les tombes entourant l'église dans les années 1920. Mais ceci est une autre histoire...
Coup de gueule
Dans quelques semaines, nous assisterons, impuissants, à la destruction de notre bourg. Amorcée en 1981, avec la démolition du presbytère, la phase terminale approche avec la suppression de notre calvaire.
Démolition du presbytère en décembre 1981
Dans quelques semaines, notre calvaire sera balayé, emporté par un gigantesque tsunami dévastateur engendré par une municipalité mégalomane.
Adieu l'image classique du village breton avec son église et son calvaire élevé à la gloire de Dieu, autrefois orgueil et fierté de tout un peuple.
Adieu patrimoine et vestige d'un temps passé.
Ils détruisent notre bourg et ils détruisent notre âme.
Adieu le "gars du bourg" que je fus. Le mot "bourg" n'existera plus. Demain nous parlerons de "centre". Tout devient centre : centre administratif, centre culturel, centre ville, centre historique, centre sportif... "Quessoy ville nouvelle" se voudra froide et insipide.
Adieu mon cher calvaire.
Dans quelques semaines, le Sacrilège sera accompli.
Notre bourg et son calvaire vers 1930
"Nous ferons tout pour que Quessoy garde sa ruralité"qu'ils disaient.












