Nous avions déjà relaté la mort tragique de Jean-Baptiste VEILLET-DUFRÊCHE (voir La Croix du Frêche) , abattu par René DUROS en 1801 alors que la chouannerie devient brigandage. En ces temps, les derniers chouans, pleins de rancoeur, s'en prennent aux républicains notoires mais aussi aux acquéreurs de biens nationaux et à ceux qui se sont rendus.

Chouan

          René DUROS est né à Hénon et est devenu apprenti maréchal dans sa jeunesse. Pendant la Révolution, il servira sous les ordres de BOISHARDY puis à la fin de celle-ci deviendra chef de bande. Brute épaisse,  illettré, il règne par la terreur, n'admettant jamais que l'on discute son autorité. Il enrôle ses complices de gré ou de force et, ensemble, écument les communes entre Saint-Brieuc et Moncontour. C'est à Quessoy, au Fosséyet, qu'ils cachent leur dépôt d'armes.

Fusil

          Le 6 juillet 1801, la bande débarque à Saint Carreuc pour une mission punitive. Ils veulent se venger de l'arrestation de quelques uns d'entre eux dénoncés par certains habitants ne supportant plus le banditisme .

          L'expédition meurtrière va commencer chez François GALLO, 45 ans, meunier de son état. L'équipe rentre en force dans son moulin, le jette en dehors et lui tire dessus. Ils l'achèveront à coups de baïonnette devant sa femme portant dans ses bras son dernier né.

          Après ce méfait, ils filent chez Noël GOUPILLERE, l'ancien patron de DUROS. Ils emmènent son fils Jean, âgé de 24 ans, puis récupèrent au bourg un jeune cordonnier de 22 ans : Pierre BOUVRESSE. Leur cadavre sera retrouvé non loin, le long d'un talus.

          A 5 kilomètres de là, une autre bande opère à la Ville Caro chez Jean GALLO, un agriculteur de 48 ans. Ils s'en prennent à lui ainsi qu'au fils de son voisin : Michel GAUTIER, 26 ans. Tous les deux crient à l'aide en apercevant deux hommes de retour de chasse, mais, pour les faire taire, les brigands déchargent leurs armes sur eux.

          Le lendemain, DUROS et les siens décident d'en faire voir à LEGRIS-DUVAL, lieutenant puis successeur de BOISHARDY. Ils se rendent en son château de Bocenit à Saint Gilles du Mené mais seule sa femme est présente. Prévenue par un domestique, elle réussit à s'enfuir à travers bois. Après une fouille méthodique, les brigands repartent en emportant 3 fusils et du linge.

          En repassant par le jardin, ils aperçoivent le domestique qui n'est autre qu'un ancien de l'équipe reconverti : Martin dit "La Mèche". En bon camarade, ils l'entraînent dans l'auberge du Mautray à 2 kilomètres, tenue par "Bon Merle" également  ex-chouan. Là, après quelques bolées, fini la rigolade, ils le conduisent dans un champ en face où ils l'abattent froidement.

          Au début du mois d'octobre, c'est au tour de Jean-Baptiste VEILLET-DUFRÊCHE.

Cabaret

          Le 27 octobre, un détachement de grenadiers, en surveillance à Plédran, s'étonne de voir de la lumière dans un cabaret alors qu'il est minuit passé. Ils cernent la maison et réclame l'ouverture de la porte.

Gardes

          Tandis que quelques bleus pénètrent à l'intérieur, DUROS, présent dans la pièce, s'enfuit par une fenêtre. Mais il est aussitôt abattu à bout portant par des soldats restés en faction.

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          Aucun doute sur son identité. On retrouve même la montre en or de VEILLET-DUFRÊCHE dans une de ses poches. Son corps sera emmené à Saint Brieuc et exposé devant la prison.

Mort

          Après constatations, il s'avère que René DUROS est mort les armes à la main : un fusil à deux coups et un poignard ensanglanté. Il était vêtu d'une veste de berlinge gris, d'un gilet brun et d'un pantalon de toile. Trois plaies d'armes à feu sur la poitrine ont provoqué une mort subite.

          Une "fille de confiance", connaissant depuis très longtemps l'individu qui avait fait son apprentissage de maréchal dans sa commune, le reconnaît formellement.

          L'affaire DUROS est ainsi close.                                                                                                                                       

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Copie de l'extrait du minute du greffe de la justice de paix de Saint Brieuc

datant du 28 octobre 1801 et traitant du décès de René DUROS.

           (Archives départementales)

          Après la mort de René DUROS, les arrestations massives contribueront à la cessation du brigandage post-révolutionnaire dans la région. Mais ceci est une autre histoire...